Drôle d’époque…

A l’instar du boire qui subit en France depuis deux décennies les affres d’un hygiénisme rampant nimbé de prohibitionnisme, le rire connait depuis quelques années les déboires d’un dogmatisme auréolé de puritanisme que la liberté d’expression n’ose même plus égratigner. C’est l’avènement d’une société aseptisée par le politiquement correct, le triomphe de la bière sans alcool sur le Meursault, la victoire de Roumanoff sur Desproges.

willeminQu’un cuistre nous inonde les synapses de son incontinence moralisatrice, en nous rabâchant que 3 verres de vin tuent plus que les Kalachnikov, et je pouffe à peine. Quoi de plus banal qu’un cabinet ministériel occupé à délivrer des messages sanitaires me direz-vous? Quel crédit accorder au serment d’un hypocrite prescrivant en son cabinet, on y revient, de licites drogues plus abrutissantes qu’un défilé de chars soviétiques sous Brejnev? De grâce, messieurs les biens-pensants, retournez en ces lieux que l’on est prié de laisser dans l’état dans lequel on les a trouvés en entrant et avalez la clé…Mais je n’ai guère plus d’estime pour ces maladroits défenseurs de la cause bacchique qui tentent scientifiquement de justifier notre quête d’euphorie. On ne peut donc plus siroter un ballon de rouge en attendant la mort, sans qu’un fanatique ne vienne nous engluer le cortex de son discours lénifiant.

Sus à ce pédophile nazi!

Sus à ce pédophile nazi!

Mais je ratiocinerai aujourd’hui sur cette parachronique (auto)censure dont sont victimes les démocraties occidentales, et plus particulièrement leurs humoristes. Comme le disait le Grand Pierre : « si l’on ne peut rire avec tout le monde, on peut, on doit même, rire de tout : de la guerre, de la misère, ou de la mort, afin de désacraliser la bêtise, exorciser les chagrins véritables et fustiger les angoisses mortelles ». Mais ce qui était risible en 1980 frôle aujourd’hui l’indécence, l’incitation à la haine raciale, l’antisémitisme, l’homophobie, le sexisme et autres joyeusetés : c’est le révisionisme 2.0. Le communautarisme se drape de vertu quand il s’agit de pourfendre un trublion qui bouscule les roucoulantes masses qui clapotent doucereusement dans une vie faite de frustrations. Alors, je ne vois qu’un seul remède à cette constipation épidémique des zygomatiques : une cure de dragées Fuca pour tous les culs pincés!

« Les sots vont loin quelquefois, surtout quand le fanatisme se joint à l’ineptie », écrivait Voltaire en 1764. Tristement visionnaire…